Les Restos du coeur, Franck Ribéry et autres bonnes âmes

La période est au don caritatif, encouragé par les émissions télévisées consacrées aux bonnes actions. Ouvert fin 2008 par le traditionnel Teleton, la soirée des "enfoirés" lui a emboitée le pas avant l'entrée en lice du Sidaction.

En préambule, ne vous méprenez pas. Je n'ai rien contre les Restos du cœur. Je ne hais point Franck Ribéry ou les âmes fortunées au bon cœur. Seulement, j'établis un simple constat.

Lors d'une interview donnée au média culturel Evene fin 2005, Olivier Berthe, Président des Restos du Coeur, note que les "Enfoirés" « ont rapporté 23 millions euros, c'est-à-dire quasiment le quart [du] budget annuel » des Restos du Cœur. J'en déduis que le budget annuel de l'association s'élève aux alentours de 92 millions d'euros sur la période 2005-2006. Avides de connaître des chiffres plus à jour, je découvre les comptes mis à disposition, en toute transparence, sur le site internet : en 2009, approximativement 122 millions d'euros sont nécessaires au fonctionnement total des Restos.

Début mars, abêti devant une quelconque programmation télévisuelle incipide, TF1 promeut la fameuse soirée des "Enfoirés", où une cascade de starlettes et vedettes en mal de reconnaissance se donnent le mot dans une chanson sans grand intérêt. Un classique désormais récurrent de l'action caritative - certainement un mal nécessaire. Dans la liste de personnalités, acteurs, chanteurs, sportifs se côtoient. Dans le clip, j'entraperçois le visage de Franck Ribery.

J'ai alors cru me souvenir du montant versé annuellement par le Bayern au « champion » français. Mais, vous savez ce que c'est, la mémoire n'étant plus entièrement opérationnelle à partir d'un certain âge, je préfère vérifier a minima l'information. Selon Sport.fr, le joueur aurait, en juin 2007, signé un contrat lui permettant d'accumuler 4 millions d'euros chaque année. Par ailleurs, peu au faite de l'actualité financière et sportive du moment, Google News m'apprend que le footballeur regretterait l'insuffisance du salaire perçu au Bayern de Munich.

Certainement voyez-vous venir mon propos... Le raisonnement est simpliste, me direz-vous... Certes, mais la logique se tient. A lui seul, M. Ribéry serait capable de prendre en charge 3,27% du budget annuel des Restos du Coeur - évidemment, l'injuste fiscalité dont il est victime est exclue de cette règle de trois.

Attention ! je ne fais que constater. Certains lecteurs argumenteront que la carrière d'un sportif professionnel demeure courte, soumise au risque de la blessure, que la pression fiscale est énorme, etc. D'autres indiqueront qu'il n'est pas répréhensible de gagner de l'argent, que cet homme est généreux, etc. Je consens à nombre de ces remarques...

Cependant, une petite voix m'explique l'immoralité de la situation. Des fortunes sont dilapidées lors de ces somptueuses soirées télévisées. Pour vendre une poignée de disques ou grappiller quelques dons, cette mise en scène outrancière est, paraît-il, indispensable.

Pour ma part, j'ai de plus en plus de mal à supporter les injonctions moralistes des chaînes et de leurs sbires en manque de notoriété. Franck Ribéry vient m'expliquer qu'il faut faire un don. C'est bien. Mais lui, a-t-il pensé aux Restos du Cœur lorsqu'il a réglé l'addition du dernier restaurant étoilé où il a dîné ? Lorsqu'il a rendu visite à son concessionnaire, a-t-il songé, ne serait-ce qu'un instant, à ceux qui se contentent d'un RMI pour survivre jusqu'au mois suivant ? Concrètement, combien Franck Ribéry a-t-il donné réellement aux Restos ? Quelle légitimité possède Franck Ribéry pour faire la leçon à ses concitoyens, acculés par le chômage de masse, sous la pression salariale et la paupérisation généralisée ?

Évidemment, le Franck Ribéry de ce texte est symbolique. « Nous sommes tous des Franck Ribéry», pourraient clamer les Gérard Darmon, Murielle Robin et autre Nolwen Leroy... Régulièrement, je donne à des associations. Mais, ces œuvres sont dépourvues de figures et évitant les spectacles d'apitoiement coûteux, inutiles, sans fin et, en réalité, grotesques.

Pour conclure, quelques associations qui me tiennent à cœur, où le star business (et le business des stars...) est réduit à la plus simple expression... Pour autant, n'en remplissent-elles pas aussi bien leurs missions ?

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Bravo !

Commentaire émis par Danièle  – 23 mars 2009 22:29 Bravo pour ce papier empli de vérité ! Enfin un raisonnement censé !

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